:: Personnage :: Présentations :: Validées Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Exile ♥ Et tu t’étais vouée au monde avant d’exister.

avatar
Exile
Save the lamas
Messages : 61
Date d'inscription : 02/06/2017
Age : 19
Voir le profil de l'utilisateur
Dim 4 Juin - 3:57


Who I am

Nom / Prénom ♦ Adelaïde Chrysta Stornebird.
Nom de l'E.T. ♦ Exile.
Sexe ♦ Uniquement le jeudi soir Une adorable femme. ♥  Mort ♦ Novembre 1943.
Arrivée ♦ Décembre 2896.
Age ♦ 19 ans. ♥



Origines ♦ Anglaise, mais française de coeur.
Orientation sexuelle ♦ Vers la droite Pansexuelle.
Groupe ♦ Iles Dvasia.



Occupation ♦ Exile passe une partie de son temps sur Sa'Yhn (l'île sauvage), dans une petite maison de bois, à améliorer ses deux avions et à voler avec Alcyon. Elle collabore également avec la police de la Capitale (où elle tient très sobrement le rang de "criminologue indépendante") en traquant des criminels à Thyos avec un petit groupe de cinq autres personnes indépendantes.

Pouvoir ♦ Cosmos × Parce que tu as appris à te gérer Exile, que tu connais la puissance de tes émotions et que l'Espace-Temps avait conscience de ton potentiel, tu es devenue quelqu'un de puissante. Ton don, c'est celui d’exacerber tes sens, d'augmenter ta puissance, de sorte à ce que rien ne puisse t'échapper. Mais cette puissance te rends dangereuse. Alors quelque part sur ton corps, ta main, ta poitrine, toi seule sait où, se trouve cette délicate marque en forme de fleur. Un cosmos. Vingt pétales. Chaque fois que tu te sers de ces capacités, que tu deviens plus forte que tout, plus vivante que tous les autres, un pétale tombe. Et a la fin, quand il ne restera plus rien, quand tu en auras marre, tu mourras.
Référence de l'avatar ♦ Alice Margatroid, Touhou ♥

Are you going to age with grace ?
Jamais assez de toi, Exile.
Jamais assez d’amour à te donner.

Je me souviens de ce soir-là. Le cosmos coulait à tes chevilles. Tu courrais sur la grève avec l’insouciance qui te caractérisait et tes pieds nus frôlaient la cime des cailloux ; tu sentais rouler sur ta peau de minuscules pierres d’émeraude et de jade. J’entendais le rire ciller au fond de ta gorge, je sentais ton odeur de sable au creux de mes épaules – comme si tu étais moi. Langouissante, tu posais un regard cyrénéen sur chaque homme et sur chaque femme qui contemplaient le crépuscule. Parfois, tes pas brisaient les vagues opalines ; tu observais alors l’écume et tu te sentais amoureuse. Non de cette mer que tu connaissais si bien, mais du monde. De ses beautés, de ses maladresses. Des larmes qui couleraient bientôt sur les joues des hommes et dans le coeur des femme. Sur les tiennes, peut-être.

(De l’écume, ces larmes ; uniquement de l’écume, qui semblait avoir creusé ta peau jusqu’à s’y blottir.)

D’aussi loin que je me souviennes, tu as toujours aimé ce monde, comme tu avais aimé les autres.
Après tout, tu n’avais jamais réussi à haïr la mort, Exile. Tu la voyais comme un coeur battant, un immense organe dont les veines s’enfouissaient profondément dans la chair des hommes ; l’idée d’un jour disparaître te donnait envie de vivre, et tu vivais.  Tu vivais avec une intensité folle, sans jamais te soucier de tes blessures ou de tes maladresses. Tu avais connu la guerre pourtant. Tu n’avais jamais oublié le goût des corps déchirés et la sensation des muscles qui s’émiettent sous tes doigts.... Mais tu aimais ce monde. Même après avoir découvert les mensonges auxquels tu étais soumise, tu aimais ce monde. Et tu continuais à rire lorsque tu sentais l’ébène de tes souvenirs se glisser au creux de tes hanches.

Cette insouciance de vivre avait sans doute provoqué ta mort.
Puisque tu ne connaissais ni la prudence, ni la mélancolie, et que même le plus puissant des orages ne pouvait altérer l’éclat altier de ton regard.
Que j’avais appris à aimer, moi aussi.
Que j’avais appris à chérir.

Je savais à quel point tu étais pure, et à quel point tu l’ignorais. Ton rire déconcertait le crépuscule, Exile... Lorsque la pluie tombait, ta peau semblait se creuser comme une montagne et la couleur de tes cheveux rappelait la roche tannée des canyons. Tu vivais, de la belle aube au triste soir... et, même après huit cents ans, tu ne te souciais ni du passé ni de l’avenir. A tel point que tu paraissais te diviser en mille éclats dans les facettes de la nuit mais que ton sourire restait toujours le même. A tel point que tu semblais suivre le vent et disparaître avec lui.

Tu avais l’impression de renaître, lorsque tu volais au-dessus des plaines et embrassais le ciel.
Tu avais l’impression de renaître lorsque tu disparaissais.
Parfois, tu en devenais un peu trop égoïste...

Aujourd’hui, tu possèdes ce prénom beau comme une terre tranquille. Tu avais toujours été électrique, pourtant... Chacun de tes gestes semblait se placer dans la continuité naturelle d’une grâce qui t’aurait été offerte à la naissance et que nul ne pourrait briser. Tu ne jouais ni l’amie ni la confidente ; tu étais une reine. Un mystère, parfois, ou une tendresse ébouriffée par les vents. Après tout, tu ne comprenais ni le bien ni le mal, Exile... Tu vivais sans réfléchir et tu suivais tes convictions avec un instinct désordonné qui te semblait unique. Et, même si tu blessais parfois tes proches, tu n’abandonnais ta fierté que lorsque tes chevilles s’aventuraient dans le ciel et que tes yeux dotaient la voute céleste de diamants noirs. Il me semblait ainsi que, peu importe combien je posséderais tes lèvres ou ta chair, tu ne m’appartiendrais jamais vraiment. Tu n’avais jamais été belle, pourtant... Mais tu attirais les regards. Tu les attires toujours, maintenant que tu es morte. Et un orage avait lentement germé dans ton coeur jusqu’à ce que le cosmos se coule à tes chevilles et que tu sentes les pierres opalines rouler contre tes poignets.

C’étaient la splendeur qui avait hâlé ta peau d’étoiles.
C’était la force que tu dissimulais sous tes rires.
C’était ta peau qui sentait l’ambre et le soleil.
C’était toi, Exile.

Et tu t’étais vouée au monde avant d’exister.
As you hands let go on me...
Une nuée de sensations. 

C’était d’abord le vent fébrile dans tes cheveux, le son mat de tes pieds frappant la terre battue. La boue sur tes chevilles d’enfant et la lune qui glaçait tes épaules. Tes cris se coulaient dans la brise ; tu posais tes mains sur le dos de l’avion pour y grimper. Le soleil couchant teintait la terre paysanne de jade. Tu aimais retrouver ta mère lorsqu’elle rentrait d’un vol… Tu t’appuyais contre sa joue et ôtait de ses cheveux les mille perles de sable que le vent avait semé. Quelques fois, elle t’emmenait avec elle, et c’était ton propre visage qui se couvrait de grêle et de poussière. Tu étais comme elle, après tout. Elle t’avait enfanté au lendemain de la Grande Guerre, et t’avais transmis son don pour l’aviation. Lorsque tu étais petite, seul le ciel pouvait entendre ton rire ; mais, puisqu’il était rare, il sonnait plus beau que le soupir d’un cristal.

Tu avais l’impression d’être née ici, Exile.
Quelque part entre ciel et terre, et nulle part à la fois.

Enfant, tu avais grandi au cœur de la campagne anglaise. Tu aimais la parcourir avec tendresse. Autour de toi, tu voyais les industries courber les montagnes et l’horizon se vêtir du hâle blanc de la lune. La journée, tu te battais souvent avec tes frères. Tu étais hyperactive… et tu gagnais. Tu avais toujours été plus forte qu’eux, après tout. Tu ne laissais personne te soumettre. Il te semblait être née dans une dimension que nul ne pouvait comprendre, et de laquelle personne ne s’approchait. Ton corps devenait sanctuaire ; ton souffle, une perle de cristal. Et tu t’enfuyais lorsque le monde se rappelait trop au creux de tes reins.

Plus tard, vous vous retrouviez près du feu. Le salon sentait l’ambre et la Provence. Alanguie par ta journée, tu te blottissais dans les bras de ton plus jeune frère et tu sommeillais. Tu ne te réveillais que lorsque ton père se servait une tasse de thé ; tu grignotais le biscuit sur le côté de sa coupelle en riant avant de te réfugier dans votre chambre. Puis tu te lovais contre Pouffy et t’endormais sous le regard bleu des aigles que ta mère t’avait peint. Sur tes lèves, cet éternel sourire cristallin...



Tu avais eu une enfance tranquille, Exile.
La Seconde Guerre avait tout bouleversé.

Tu avais seize ans, et tu avais appris la nouvelle une nuit d’été. Les oiseaux fendaient le ciel opalin. Les nuages semblaient avoir capturé la lune. Tu jouais avec un chiot lorsque tu avais entendu le feulement de la voiture ; tu avais découvert tes épaules puis redressé ton foulard en cachemire. Lentement, tu étais rentrée dans la maison. Tu savais marcher comme une ombre ; tu avais retiré tes bottes et tes pieds nus roulaient sur le plancher. Tu t’étais dissimulée derrière le panneau de la cuisine et tu écoutais. Tu t’en souviendrais toujours… Comme on se souvenait d’une malédiction.

« Le Royaume-Uni est rentré en guerre contre l’Allemagne suite à l’annexion de la Pologne. Nous requérons vos services et ceux de vos fils. Vous avez devoir de défendre la partie et les droits de l’homme. »

Dans ces mots, tu avais senti l’odeur du pin coupé et imaginé celle du sang. Le grondement des tranchées bouillonnait dans tes reins. Tu te souvenais des obus que vous aviez étudié. Des gueules cassées, des morts, des mémoriaux de Londres. Lentement, tu avais refermé tes doigts sur un long couteau de cuisine. Tu voulais défendre tes frères ; tu refusais d’avoir à graver leur nom dans le marbre tant qu’ils resteraient dans ton cœur. Et tu imaginais trop bien leurs visages se fendre sous les balles ou les horreurs que la guerre façonnerait dans leurs corps.

Ta mère avait refermé sa main sur ton poignet et t’avait enfermée dans le cellier.
Trois jours plus tard, ton père et tes frères partaient.



Vous aviez vécu seules pendant deux années.

Vous aviez abandonné votre maison de campagne pour prendre un appartement en ville et pour travailler. Tu livrais des journaux ; ta mère fabriquait des pièces d’avion. Tu te sentais enfermée. Tu restais immobile de longues heures à observer les ombres des lampadaires. Chacun de tes pas semblait voué à détruire un peu plus les murs qui t’entouraient ; la nuit, tu te heurtais à la rivière opaline et ton regard se teintait de folie. Tu songeais à tes frères autant que tu haïssais la ville.  Et, chaque fois que tu sortais, tu avais l’impression que le ciel te rappelait à lui. Tu sentais le nom des morts se couler dans le béton et leurs fantômes épouvanter la pierre. Londres n’était plus rouge ; c’était devenu un monde en noir et gris.

Cette vie t’étouffait.
Tu ressemblais à une alouette aux ailes brisées, à une ligne de cœur discontinue. Un flocon de pluie déchirait lentement ta gorge. Tu ne pouvais plus parler. Tu mourrais (sans jamais avoir été aussi vivante.)

Et puis, chaque matin, tu écoutais la radio, Exile. Tu observais alors l’aube depuis la fenêtre et tu redressais ton châle en cachemire autour de tes épaules. Londres paraissait avoir glacé tes lèvres – ou ton cœur, tu ne saurais le dire précisément. Dans chaque murmure, tu apercevais le feulement d’une arme. Dans chaque hommage, le cadavre de l’un de tes frères. Tu n’en dormais plus ; la fatigue s’était invitée sur ton visage et l’anxiété avait lentement effacé ton rire. Seule la fréquence de la radio, le matin, te permettait encore de te lever. Un jour après l’autre. Une année après l’autre.

Un jour, tu étais partie. Tu avais pris le bus, avait marché deux jours au travers des champs, puis retrouvé l’avion de ta mère – un modèle trop ancien pour être réquisitionné.

Tu avais rejoint la France, puis la résistance.



Ce matin-là, la neige recouvrait tes cils.

Tu sentais l’avion se couler sous tes cuisses alors que tu survolais lentement le maquis. Tu rentrais d’une exploration nocturne et tu attendais le planeur d’Abdel pour atterrir. Pour dissimuler vos appareils, vous aviez investi un grand hangar abandonné, dix kilomètres à l’est de la forêt. L’aube embrassait tes paupières ; le soleil avait hâlé ta peau brune. Tu te sentais sereine, comme toujours, et tu souriais à la terre avec provocation. Des flocons de verre roulaient dans tes prunelles. Tu n’avais jamais vécu aussi intensément que depuis que tu avais rejoint la résistance.

Tu ne souvenais plus exactement de la manière dont tu avais intégré le maquis. Tu avais manqué de mourir plusieurs fois, cette nuit-là. La pluie perlait sur tes épaules et tu avais évité de justesse les tirs de plusieurs croiseurs (sans doute n’aurais-tu jamais réussi si tu n’avais pas été une telle aviatrice prodige.) Tu n’avais pas trouvé d’endroit pour atterrir ; tu t’étais presque écrasée entre les arbres. Les branches cinglaient ton flanc. Le monde se déchirait autour de toi, et tu repoussais fièrement les mèches collées sur ton visage. Tu boitais. Tu serrais les lèvres pour avancer. Et tu n’avais laissé ta blessure te consumer que lorsque tu avais enfin, après plus d’une heure de marche, trouvé ceux que tu cherchais.

Avec eux, tu avais construit un empire.
Vous abritiez quelques juifs dans des maisons que vous aviez-vous-même fabriquées, explosiez les rails des trains, distribuiez des tracts et des poèmes au-dessus des villes proches. Vous voliez des armes. Des provisions, parfois. Rapidement, tu étais devenue indispensable. Tu semblais frêle, pourtant, Exile, avec tes yeux beaux comme des lacs et tes gestes candides. Tu n’étais pas la plus forte – mais tu n’étais pas davantage faible. Tu dirigeais ton réseau. Tu avais appris à manier à pistolet et à utiliser ton agilité pour battre des hommes. Tu n’hésitais pas à tirer lorsque l’on contestait ton autorité. Et jamais ton sourire, aussi doux qu’un colibri, ne quittait tes lèvres. Tu luttais du bon côté, mais aurais-tu vraiment éprouvé des scrupules à être du mauvais ?

Tu te sentais vivante…
Mon dieu, tu te sentais vivante, Exile.

Et ce jour-là, donc, la neige couvrait tes cils. Tu entendais l’avion ronronner sous ton cœur. Bientôt, tu avais perçu le feulement d’autres moteurs, et tu t’étais orientée vers le sud pour voir quatre bombardiers Allemands se diriger vers le maquis. Tu avais compris. Tu sentais une aisance féline se glisser dans ta poitrine et ton souffle désordonné se heurtait à tes lèvres. Tes mains s’étaient serrées sur les manettes. Tu n’hésitais pas. Tu avais rarement été aussi calme et l’air s’ouvrait autour de toi comme les pétales d’une rose.

Personne ne s’attaquerait à ceux que tu protégeais, même si tu devais mourir pour ça.

Tu t’étais élancée. La neige tombait à nouveau, et givrait lentement les ailes de ton avion.

Tout avait été trop rapide. Tu avais réussi à toucher les deux premiers bombardiers en évitant leurs tirs. Tu voyais la chair exploser à quelques dizaines de mètres de toi. Tu voyais les débris s’écraser dans le maquis. Tu esquivais les tirs à une vitesse prodigieuse et tu te fondais avec l’air ; tu sentais couler en toi cette enfant que tu avais toujours été. Cette ingénue suicidaire que tu avais étouffée dans les rues de Londres. Toi, Exile.

Fille de la brise, fille de la terre, fille du monde.
Puis l’un des bombardiers avait touché ton moteur.

Tu avais encore 19 ans.
... to where the lonely one roams.
Exile, ma douce Exile.

La nuit semblait avoir recouvert les étoiles de suif. Tu respirais doucement sous le ciel d’aurore. Autour de toi, l’air se teintait de plomb ; l’oxyde naissait lentement au creux de tes lèvres puis descendait dans ta gorge, et la fumée de l’avion avait déposé du sulfure sur tes cils. Tu sentais, comme si elle était tienne, la nuit s’étendre par-dessus les soupirs des vivants. Elle glaçait peu à peu chaque grain de tes omoplates, et remontait jusqu’aux articulations de tes épaules pour les claquer contre le vent.

Tes lèvres bleutées avaient commencé à trembler et se couvraient de glace. Tu souffrais, mais tu ne t’étais jamais sentie plus vivante qu’à cet instant. La mort formait en toi un caillot de nerfs. Un îlot, peut-être… Comme si tu devais t’y accrocher, mais que tes mains s’écorchaient sur la pierre sans être capables de soutenir ton corps. Et alors la roche déchirait ta peau, tes pieds et tes muscles.

Tu ressemblais à une poupée de glace, Exile, mais la froideur n’avait pas saisi ton cœur.

Au contraire, c’était un cri qui s’échouait sous tes prunelles bleues à chaque inspiration, et tu enfonçais tes ongles dans la peau nue de tes poignets pour te concentrer sur ta propre souffrance. Entendre hurler l’univers t’aurait été bien plus douloureux que de crier pour toi-même…

Tu avais senti l’Espace-Temps déformer quelque chose autour de toi. Ou peut-être était-ce ton corps qui se disloquait… Tu avais alors rouvert les yeux.
Le ciel n’avait pas changé. Comme la première fois, il se teintait d’ambre et de quartz, et la rosée effleurait tes épaules. Tu sentais à nouveau la présence de l’avion sous ton corps. L’odeur de fuel emplissait tes poumons à chaque battement du moteur ; tu crispais tes mains autour des manettes et il te semblait que ta chair se coulait dans le vent tandis que l’appareil fendait les nuages. Les perles de brume accrochaient ton regard. À cet instant, tu aurais été capable de décrire chaque courant ascendant et chaque modification de la brise. Tu avais toujours aimé voler, Exile. Il te semblait connaître l’air bien plus que tu n’avais jamais connu ta terre, et pourtant, tu te battais pour elle…

Tu mordilles ta lèvre inférieure avant de tourner à droite, encore.
Et tu sais qu’ils sont là. Qu’une nouvelle fois, ils seront là.

Tu sens alors le souffle de l’Espace-Temps se raidir sur ton épaule et la glace figer un peu plus tes omoplates tandis que tu ralentis lentement le moteur de ton avion. Tu avais dépassé les nuages. Le fuel caresse un instant tes épaules et ta nuque ; un grain d’hésitation ternit tes prunelles opalines. Tu regardes les croiseurs français et tu avais l’impression de les avoir toujours connus. Tu éprouvais leur présence en toi, comme si ces imposantes carlingues de métal et de moire dissimulaient des craintes que tu n’avais jamais su avouer. Des souvenirs, peut-être… des terreurs enfantines. Et, derrière le vrombissement des moteurs, tu entendais battre le cœur des pilotes. Étaient-ils des soldats ? Des assassins ? Ou simplement des hommes qui, comme toi, essayaient de survivre ?

Lorsque tu tentais d’imaginer leurs visages, ton esprit évoquait toujours ceux de ton père ou de tes frères. Tu te souvenais de leurs bras vêtus de soleil et de leurs peaux hâlées par le sel. Tu sentais la douleur se couler au creux de leurs prunelles bleutées. Tu voyais la pluie raidir leurs cheveux et leurs épaules jusqu’à ce que leurs bottes s’enlisent dans la boue. Eux aussi étaient partis quelques années plus tôt pour défendre leur terre ; eux aussi, sans doute, avaient déjà tué. Et, derrière ces regards que tu avais connu farouches, il n’en demeurerait que la lueur d’un être que la guerre avait laissé aride.

Leurs yeux resteraient toujours identiques aux tiens, Exile…
Bleus comme le sommet d’une montagne.

Alors tu ne pouvais pas les haïr, et tu n’as pas pu les haïr lorsque les premières bombes ont embrasé l’orée de la forêt. L’idée de fuir te terrifiait davantage encore que celle de mourir… Tu imaginais, plus que tu ne les voyais, les chairs de Léna et d’Alice se déchirer sous les bombes. Tu sentais le bois s’ouvrir et s’écrouler autour des flammes. Ton cœur se transformait en lithium. Tout cela, c’était ton foyer… Ta maison. C’était ces cendres sur lesquelles tu marcherais bientôt.

Et tu te souvenais de tout. Malgré la souffrance, tu te souvenais. Vos mains enroulées autour des radios. Ces boutons fébriles que vous tourniez pour trouver un signal grésillant. Les bières que vous buviez près du feu pendant qu’Erwin montait la garde. Les rires, les sourires que la douleur n’avait jamais réussi à effacer complètement. L’opaline bleutée de vos paupières.

Ce monde que tu aurais tant aimé montrer à ta mère et à tes frères une fois la guerre terminée.

Tu savais que ta mort avait été inutile, la première fois, Exile. Alors tu n’avais pas essayé de les arrêter. Tu te contentais de te blottir dans les nuages alors que les premières flammes léchaient les cimes des arbres. L’avion vrombissait autour de toi. Ta poitrine se soulevait doucement ; tu voulais te couler dans le fuel et devenir aussi fluide que l’essence. Puis, lorsque les croiseurs s’étaient tournés vers toi, tu avais redressé les manettes et tu avais fui. Tu avais toujours été un prodige, après tout, tu étais née dans les sourires de la brise et tu avais grandi avec le murmure du ciel… Mais tu ne t’étais jamais sentie aussi coupable de pouvoir voler.
Ce jour-là, le soleil avait la couleur d’une épice.



Un peu plus tôt, tu sentais les draps glisser contre tes jambes et tu humais l’odeur de coton qui avait remplacé celle du fuel. La lune cascadait sur tes omoplates. Des soupirs caressaient le creux de tes poignets. Tu ne t’étais pas sentie mourir, mais tu savais ; tu savais qu’ils étaient morts, eux aussi. Léna, Alice, Erwin... Ce petit foyer que tu avais protégé pendant deux années. Tu avais échoué, et chacun de tes gestes se parait d’une amertume qui ne te ressemblait pas.

Lentement, tu avais glissé ton regard fébrile vers l’Espace-Temps. Tu ne parvenais pas à l’apercevoir clairement, comme si sa silhouette s’était cachée dans le grain du monde. Tu ignorais même si tu ne rêvais pas ; tu t’en fichais, en un sens. D’une voix douce, mais agacée, tu avais murmuré :

« Tu m’as affirmé que je vivrais sur Quorl de toute façon. Pourquoi accepterais-je de me sauver alors que je suis morte pour mes convictions ? »

Aucune réponse audible. Il t’avait semblé que l’Espace-Temps souriait alors que le silence s’étendait sur le monde. Et toi, tu hésitais, Exile. Tu sentais la rancune s’évaser au coin de tes lèvres. La colère te plaquait contre l’asphalte et tu avais envie de frapper quelqu’un. De t’enfuir, simplement – avant que des murs ne se dressent autour de ton corps.

Sans vraiment savoir pourquoi, tu avais accepté de vivre une seconde fois.  
C’était peut-être le plus terrifiant dans cette histoire.



Nuée.

Tu te noyais, mais tu ne saurais dire si c’était le lac ou tes larmes qui emplissaient tes poumons. Tu n’essayais pas de respirer. Ta gorge se remplissait de mucus et tes bras repoussaient inlassablement les flots. Tu sentais les vagues chavirer contre ton corps. Chaque seconde te projetait un peu plus vers la grève et tu laissais l’écume te déchirer tandis que tu suffoquais. Autour de toi, tout semblait du même bleu que tes yeux. Ta chevelure se parait de mille coraux cendrés. Tes pieds s’accrochaient aux algues. Tu avais repoussé un nénuphar qui couvrait ton regard ; enfin, tu aperçois le soleil se miroiter sur les vagues. Alors tu nages. Tu déchires l’eau et te diriges vers cette lumière noire qui ne t’avait jamais parue aussi blanche.

Puis tu crèves la surface du lac et l’air emplit tes poumons. Quelques secondes, tu restes inconsciente. Tu te sentais déjà halée par le soleil, mais la nuit avait saisi tes paupières tandis que tu respirais en te demandant pourquoi tu en étais encore capable.



Le rythme de ton cœur s’était délié à la faveur de l’automne.
Tu vivais chez un couple qui t’avait recueilli après t’avoir trouvée sur les rives du lac.

Légère comme une neige d’hiver, la colère avait lentement creusé tes reins. Tu ne connaissais pas Nycht. Tu admirais autant que tu les détestais ces fragments de cristaux électriques qui semblaient s’incruster dans la pierre.  Qui s’incrustaient dans ta chair, parfois, lorsque tu restais seule le soir. Tu ne t’étais jamais remise de ta seconde mort, Exile… Pas réellement. Tu te souvenais de tes cicatrices et tu doutais d’un jour les oublier. Même si ton corps n’avait pas été marqué par l’explosion, tu sentais les éclats du moteur s’accrocher à ta peau. Puis éclore dans tes poumons, ta gorge, ton cœur… ton estomac. Tu étais fatiguée. Tu ignorais combien de temps tu devrais vivre encore, et pourtant, tu souriais toujours.

Tu avais la sensation d’avoir abandonné la guerre.

Ce jour-là, tu sentais l’amour griser tes lèvres. Le vent paraissait avoir saisi ton cœur et ton crayon traçait la forme des campagnes de ton enfance sur le papier. Tu rêvais… Tu t’imaginais déchirer le ciel et tu sentais la boule de suif dans ton ventre s’alléger un peu. Tu aurais voulu sentir frémir le soleil sur ton épaule. Être libre te manquait. Pouvoir agir, aussi. Epuiser entre tes mains les larmes d’un enfant ou sauver ceux qui ignoraient avec besoin de toi.

T’enfuir loin de cette vie que tu n’avais jamais souhaitée.
L’idée avait germé dans le creux de ton crâne. Comme toujours, tu n’avais pas hésité. Tu avais redressé ton châle en cachemire, puis tu avais suivi ton instinct.
Sans même un mot, ni un remerciement, tu étais partie.
Tu étais partie comme tu pars toujours, comme un songe.



Tu avais voyagé, pendant plusieurs années.

Tu n’avais jamais rêvé de parcourir le monde, Exile. Plusieurs fois, ton père avait tenté de te parler des paysages enneigés de la Suède, ou des étoffes soyeuses vendues sur les marchés indiens ; tu n’avais jamais réellement écouté. Aux civilisations artificielles construites par les hommes, tu préférais la Terre. Tu voulais sentir la vie palpiter sous tes pieds. Tu voulais sentir quelque chose te relier au reste du monde.

Tu avais ainsi aimé voyager ; tes bottes foulaient le sable et tu humais à pleins poumons l’odeur de la terre battue. Tu avais parcouru un long moment les déserts de Thyos. Tu imaginais les canyons se refermer autour de ton corps. Tu dormais sur la pierre, enroulée dans ton éternel châle, avant que la nuit ne glace tes mains. Peu à peu, tu avais même commencé à ne plus chercher les lumières de Nycht, et tu avais apprécié errer seule dans l’obscurité. Le néant était une caresse qui te réconfortait. Il te semblait presque aussi léger qu’un murmure.

Tu avais volé un pistolet et une lame, et, lorsqu’on te demandait ton nom, tu te présentais toujours comme « Adélaïde ».  Tu avais parcouru jusqu’aux confins de Pagos et grimpé des montagnes de neige, tu t’étais fondue avec le sable du désert de Thyos, tu avais contemplé les lueurs offertes par les diamants artificiels au-dessus du lac de Nycht. Tu ne réfléchissais plus. Tu t’absorbais entièrement à la fatigue qui saisissait tes muscles après des heures de marche. Il te semblait te retrouver seule avec ton corps… Ou peut-être seule avec toi-même.

Pendant quelques années, tu avais suivi une tribu nomade de Voreis, et avait appris à découvrir cette nature que tu ne connaissais pas – toi qui t’étais toujours uniquement intéressée au ciel. Tu te couchais alors avec les étoiles et te baignait dans les pudeurs de la nuit, lorsque les ombres s’esquissaient à tes paupières. Tu aimais la simplicité de ce rythme de vie. Ton corps en apprenait les parfums. Tu sentais l’épicéa et le blé quand tu grattais l’écorce des arbres pour en récupérer la sève ; tu avais appris à chasser, à tanner le cuir et à soigner les chevaux. Peu à peu, tu avais eu l’impression d’être née ici, dans cette tribu de terre. Tu vivais comme une indienne et aimait lorsque la neige glaçait la plante de tes pieds, ou lorsque la rosée d’aurore perlait le creux de tes reins. Ce rythme acharné et pourtant futile t’aidait à oublier cette mort dont tu avais toujours honte.

Un jour, tu t’étais souvenue.
Et soudain, les étoiles paraissaient devenir fantômes et te murmurer des reproches, et des ombres se collaient dans tes pas lorsque le soir tombait. Tu t’étais toujours battue, jusqu’à dépasser tes limites ; quand, au juste, avais-tu abandonné l’idée de vivre, Exile ? Tu voulais revoir la surface azurée de Nycht et te plonger dans les contours polis de son lac. Suivre la tribu te rappelait simplement à quel point tu en étais prisonnière, dans ces plaines où l’homme n’avait construit aucune frontière.

Parce que sans barrière, tu n’aurais jamais rien à surpasser.

Tu avais libéré l’oiseau que tu dressais depuis cinq ans, puis tu avais traversé les tentes pour rejoindre ton cheval. Autour de toi, l’air s’emplissait de mille odeurs de cuir tanné et tu avais murmuré un « je pars » avant de prendre la direction de Thyos.



Longtemps, tu n’avais plus eu envie de parler.

Ton insouciance s’était transformée en colère et tu sentais le magma suinter le long de ta colonne vertébrale. Tu haïssais le monde. Chacun de tes souffles paraissait renforcer cette amertume qui te séparait de toi-même – amertume de vivre, amertume d’en être capable. Tu riais avec hargne, et des cernes marbraient ton visage d’abysses inquiétants. Ton regard fou semblait devenir gris. Tes gestes contenaient mal la violence qui s’était glissée sous ta peau – aussi délicate qu’un grain de sable, mais dévastatrice comme un cyclone. Personne ne t’avait jamais confondue avec une gamine à cette époque, malgré ta taille et ton apparence. Tu paraissais souffrir. Et tu semblais destinée à partager cette souffrance avec ceux qui croisaient ton chemin.



Le terrorisme. Le bruit d’un train qui déraille, des os déchirés.
Les viols. Les femmes juives arrachées au bras des soldats, la sensation d’une nuque brisée sous tes doigts. La joue du bébé contre la tienne tandis que tu courais en espérant qu’aucune balle ne vous tue tous les deux.
Le grésillement de la radio. Ce foutu grésillement.
La panique, qui saisissait vos corps de la belle aube au triste soir.
Et putain cette terreur, cette terreur glacée dans les os et dans les veines, cette tempête incestueuse, séculaire, dont vous ignoriez l’origine mais qui semblait figer votre humanité pour vous transformer en bêtes.

Tu avais essayé d’oublier la guerre. Tu avais essayé d’oublier ceux que tu n’avais pas réussi à sauver. Pendant longtemps, tu n’en avais conservé qu’un curieux souvenir d’amour ; pourtant, à cette époque, la guerre était votre seul quotidien. Et tu savais que, même si tu te construisais un jour un autre foyer, tu ne cesserais jamais de te fuir toi-même.

Parce que retrouver ce que l’on perd est bien trop difficile.
Parce que, plutôt que t’abandonner au bonheur, tu discerneras toujours au crépuscule l’ombre de cette humanité qui, à tout instant, pourrait te détruire une nouvelle fois.

C’était un peu cette sensation qui saisissait ton cœur lorsque tu appuyais sur la détente.
Tu ne serais plus jamais toi.



Tu avais fait quelques petits boulots avant de devenir chasseuse de prime. Tu économisais.

Tu souhaitais voler à nouveau, Exile. Sentir sous tes cuisses les vibrations infimes du métal et laisser l’odeur du fuel se mêler à celle de ta peau. Tu savais que tu te retrouverais lorsque tu pourrais enfin te perdre dans le ciel. Tu étais née dans les murmures du vent, et tu ne vivais que pour expérimenter, à chaque instant, cette instable entre toi et la terre. Comme si voler te permettait de voir le monde différemment… de l’aimer un peu plus, alors que tu auras dû le haïr.

La mort se poserait sur tes épaules à chaque crachat du moteur. Le soleil hâlerait ta nuque blonde et tu diffuserais derrière toi une flagrance d’épices et d’herbe coupée.

Tu avais appris à parcourir Kafsi et les plaines de Thyos. Le mouvement du dromadaire avait remplacé celui du cheval sous tes pas. Tu aimais aussi le grain du sable et les averses rares qui maculaient les collines, mais l’aridité te dérangeait. Tu haïssais cette ville. Tu avais l’impression qu’elle s’était dévêtue de ses couleurs pour refléter des enjeux qui ne lui correspondaient pas. Une couche de crasse et de merdes. De déchets. De mort.

Et puis, Kafsi était trop simple – simple de violence. Tu éprouvais un mépris mal dissimulé envers ceux qui se plaisaient à faire la guerre pour « s’amuser » (entre les querelles de gang et les trafiquants d’armes…) Après tout, tu avais vécu dans le maquis, Exile. Tu te souvenais de ces jours où tu devais porter les enfants par-dessus les marais, dormir dans la pluie et dans la pisse… te cacher au son des bombardiers et des croiseurs, qu’ils soient alliés ou ennemis. À côté, les ruelles de Thyos te paraissaient confortables même pendant les nuits d’hiver les plus froides. Même peuplés par des vagabonds comme toi. Tu dormais souvent dehors, et ne t’offrais une nuit d’hôtel que deux fois par semaine, pour prendre une douche et soulager ton dos. Le reste du temps, tu travaillais sans repos.

Tu appuyais toujours un peu trop sur la détente.



Tu étais saoule, Exile.
Pour la première fois depuis longtemps.

Autour de toi, la taverne sentait l’alcool et le linge propre. Des éclats de rire s’enroulaient autour des verres, claquaient contre les palais. Les bières se paraient de teintes ambrées. Entourée par des inconnus, tu observais les autres clients ; tu tentais d’oublier ta douleur dans les abîmes de leurs regards. Depuis quelque temps, tu avais appris à aimer la population de Thyos. Son peuple possédait une vivacité rare dans ses gestes, une humanité qui semblait s’être éteinte dans les autres contrées.  Peut-être avaient-ils conscience de leur identité. Ou de leur place infime dans ce monde qui, en somme, n’avait jamais appartenu à personne. Tu t’y étais accoutumée. Tu avais commencé à l’aimer, en un sens.

Après plusieurs dizaines d’années, tu avais enfin réussi à approcher un militaire, et à acheter un ancien modèle d’avion que tu réparais dans un hangar à l’orée de Nycht.

Mais quitter ta routine de chasseuse de prime t’ennuyait. Et ressentir cet ennui t’agaçait davantage encore.

Tu sentais pourtant la peine se heurter à tes cils et troubler ta vision lorsque tu clignais des yeux. Lentement, tu te souvenais de tes premiers jours au bord du lac. Tu imaginais les éclats de corail s’accrocher à tes pieds. Le sel creuser la peau de tes mains. Tu n’étais pas l’esclave de ce monde, Exile ; tu ne le connaissais pas encore. Tu avais oublié ta mort dans l’insouciance. Tu avais même oublié la guerre, et le goût des chairs déchirées, et le fracas du fuel qui explose.

Tu n’avais pas encore tué.
Et, à cet instant, tu ne savais pas si tu buvais pour exprimer ta joie ou pour masquer tes peines.

Tu ne saurais dire exactement comment tu avais réussi à sortir du bar. Tu sentais juste la nuit glisser sur tes épaules. La sensation t’était devenue trop familière, comme celle du ciel contre la nuque – mais l’obscurité possédait quelque chose de plus âcre. De longs doigts s’étaient enfoncés dans ta cage thoracique et tu suffoquais. Le sable semblait se resserrer autour de toi. Tu entendais le fracas des bombes. Le bruissement des chairs déchirées, qui paraissait déchirer ton propre corps. Et tu sentais l’avion, immuable masse immobile contre toi, tes mains, tes os crispés et saillants. Tu partais. Tu abandonnais, lentement.

Tu avais frappé le mur. Jamais tu n’avais autant ressenti ce besoin si lamentable de détruire ce que les hommes avaient construit siècle après siècle.

Finalement, boire n’était pas une bonne idée.
Cent ans étaient passés depuis ta mort, mais il te semblait que la douleur demeurait.
Là.
Juste là.
Juste au creux de toi.
Comme une cicatrice, un appel.
Tu avais envie de saisir une lame pour la faire ressortir.  Pour voir si tes os, au final, avaient le même motif que ton cœur. Que tes souvenirs.
Tu avais frappé le mur une fois de plus.

Tu avais alors senti une main frêle se poser sur tes épaules. Tu t’étais retournée. Avaient accroché deux prunelles vertes comme des émeraudes, aux éclats de corail, avant que ses mots ne brisent doucement la douce fureur dans laquelle tu t’étais lovée :

— Tu saignes. Donne-moi ta main.

Et sa voix te rappelait le miel et l’Orient. Tu n’avais pas compris pourquoi il t’interpellait, Exile – mais nul doute que tu n’aurais pas davantage compris si tu n’avais pas été saoule. Tu lui avais offert tes doigts, mais c’était un sourire qu’il avait enroulé autour de ton cœur plutôt qu’un bandage sur ton poignet. Tu l’avais observé, quelques secondes. Il devait avoir quinze ans…  mais il te semblait qu’il avait déjà bien plus vécu que toi. Tu ne lâchais plus son regard.

— Je m’appelle Alcyon.

Un sourire avait pourpré tes lèvres alors que tu répondais :

— Veux-tu que je t’apprenne à voler, Alcyon ?



Et vous aviez volé.
Sous les constellations des plus basses étoiles ou au grès des lueurs du Nord, vous aviez volé.

Aucun artiste ne saurait peindre avec précision le portrait que vous aviez, ce jour-là, offert au monde. Autour de vous, les couleurs se transformaient. L’ambre se paraît de pourpre. Le vent cinglait vos rires. Alcyon souriait. Il te semblait qu’il ne s’arrêterait de sourire, que les étoiles s’étaient figées sur son visage. Quelques larmes s’évasaient dans vos iris azurs et émeraudes, mais la brise les transformait en perles de pluies. Comme si aucun souvenir ni catastrophe ne pouvait altérer cet état d’ébriété pure qui vous transcendait.

Alors tu sentais tout autour de toi. La puissance du moteur sous tes cuisses. Le froissement des ailes. L’odeur délicate des fleurs que tu avais accrochées dans les cheveux du garçon. Le vent que l’avion éventrait. La main d’Alcyon posée sur la tienne. La liberté, dans chacune de tes veines. Le long de ta colonne vertébrale, de tes os, dans tes chevilles et tes poignets que la brise avait dénudé. C’était une vérité. Une évidence. Ou, tout du moins, ton évidence.

Tu avais effectué un looping et les fleurs étaient tombées sur le sol.
Tu riais. Mon dieu, comme tu riais, Exile.



Après deux siècles, tu avais finalement réussi à t’apaiser.
Le dragon sommeillait toujours au creux de tes reins, mais tu ne ressentais plus qu’une rare amertume, un diamant de suie que la joie n’avait pas entièrement réussi à éroder.

Tu avais retrouvé un foyer, Exile. Tu t’étais exilée sur Sa’Yhn et avait construit une maison entre la falaise et la grève. Alcyon t’avait aidée. Vous aviez, pendant plusieurs mois, dormi dans les herbes. Vous vous réveilliez entourée par la rosée et par l’odeur du bois coupé ; puis vous travailliez avec une simplicité qui t’avait manqué. Vous arrêtiez souvent pour contempler la mer, ou vous plonger dans ses perles opalines. Il faisait froid. Cela ne vous dérangeait pas. Vous parliez aux étoiles et vous riez devant la nuit…

Vous étiez un peu trop fous pour vous trouver réellement.

Tu ne saurais dire si vous aviez construit quelque chose de confortable. Quelque chose de différent, sans doute. La maison te rappelait le maquis, mais tu n’en souffrais pas – comme si te noyer dans tes souvenirs te permettait d’en oublier la gravité. Autour de toi, il n’y avait plus rien à détruire, sinon ce que tu avais construit de tes mains. Et tu avais envie de le chérir, ce foyer. Cette petite famille que tu n’avais pas choisie, mais qui avait débarqué dans ta vie par hasard. Alcyon.

Alors tu aimais. Et tu vivais avec amour, comme si rien, finalement, ne pouvait ôter la joie de ton visage.

Tu t’étais retrouvée. Enfin, tu t’étais retrouvée.



— Je me rends à la capitale pour le dénoncer.  

Le silence était retombé sur Nycht, et tu sentais peser sur ton cœur des milliers de joyaux. Tu avais posé ta main contre la baie vitrée. L’anxiété battait fermement dans ta poitrine. Tu apercevais le lac depuis la fenêtre ; et c’était toujours la même glace qui semblait s’étendre sur tes omoplates pour les plaquer vers arrière. Tu connaissais ce paysage, Exile. Tu l’aimais. Tu l’avais contemplé des centaines de fois – chaque fois que vous vous retrouviez là, avec votre groupe. Vous squattiez souvent l’appartement d’IO (le hacker de votre organisation). Vous n’étiez que six, mais vous aviez tué ou livré à la police tellement de criminels…

Ce groupe était devenu ton foyer, lui aussi. Tu aimais les rires qui caressaient les douleurs de vos cœurs. Les cygnes tatoués sur le visage de Shins. Les colères d’Io. L’odeur d’Eurydice, délicate comme une rose, qui remplaçait la chaleur d’un feu.

Mais aujourd’hui, le silence avait effacé vos sourires.
Et tu te sentais lassée, Exile.

D’un pas leste, tu t’étais écartée de la fenêtre pour te percher sur un accoudoir, avec cette souplesse qui te caractérisait. Tu observais les visages d’Eurydice et de Shins. L’inquiétude semblait avoir cillé leurs peaux brûlées par le soleil. Des fleurs meurtries flétrissaient au creux de leur lèvre. Les deux jeunes femmes avaient toujours été les membres les plus intrépides de votre groupe, mais tu sentais leur inquiétude. Et leur déni te donnait envie de t’énerver comme tu ne t’énervais jamais.

Cette fois-ci, tu voudrais réellement fuir.

Silencieuse, tu te lèves, traverses le salon, claques la porte et descends les escaliers, avant que la fraîcheur de la nuit n’embrase tes épaules découvertes. Autour de toi, l’obscurité semble agoniser lentement. Des alouettes en papier meurent sur le sol ; les ombres deviennent violettes et semblent plaquer contre les pavés des silhouettes que la mort avait effacées depuis longtemps. Un instant, tu ralentis ; ton souffle forme des bulles de cristal autour de toi. Puis tu cours jusqu’à atteindre l’orée du lac. Peu importe combien tu repoussais tes souvenirs, ton corps, lui, se souvenait des caresses. Le dragon s’éveillait peu à peu au creux de tes reins. Tes mains se serraient sur les draps moites et tu sentais sa peau glisser contre la tienne. Ses baisers, des murmures amoureux. Une mèche effleurant ta nuque. Sa voix, dont tu avais été dingue – pendant quelques mois seulement. Et enfin, cette nuit divine et atrophiée qui semblait lentement avoir remplacé le silence de ton appartement.  

— Zéro, bordel... Connard. Tssk.

Un moment, tu avais observé la surface azurée. Tu avais envie de t’y engloutir, en un sens. De retrouver ces cicatrices familières que le sel avait laissées sur ta peau, des centaines d’années plus tôt. Puis tu t’étais ravisée. Tu avais enterré cette Exile-là à côté des murmures de la guerre et du frémissement des os brisés. D’un geste las, tu rabats les pans de ton écharpe autour de ton cou, puis rehausses légèrement ta nuque. Dans quelques heures, tu entreras dans la capitale. Et, lorsque tu débarqueras au commissariat, tu ne manqueras pas de monter sur une chaise pour demander un café avec ton éternel rire narquois avant d’annoncer que tu avais trouvé le plus prolifique tueur en série de ces deux dernières années.

Et qu’il avait été ton amant.
Tu n’arrêteras pas de sourire.



Tu sentais le souffle d’Alcyon sur ton épaule et la brise légère caresser ses cheveux dorés.

D’une main, tu soulèves son crâne avec douceur et le poses sur tes genoux tandis que tu contemples la mer. La tempête avait saisi les flots, mais tu demeurais étrangement calme. Ton cœur battait sereinement dans ta poitrine. Tu sentais le soleil poser ses rayons de quartz sur tes épaules. Tes yeux s’étaient dotés d’un gris tranquille, et le souffle qui s’échappait de tes lèvres paraissait aussi beau qu’un songe. Tu rêvassais, lentement. Tu analysais ta vie. Pendant de longues semaines, tu volais, entretenais ton avion en solitaire ou avec Alcyon, et inventais d’autres technologies pour le perfectionner. Puis, pendant d’autres longues semaines, tu vivais dans les ruelles de Thyos pour traquer des dealers ou des assassins. Tu avais fini par devenir « analyste criminologue indépendante. », pour les policiers de la capitale.  Un titre que tu supportais sans vraiment le comprendre. Peut-être parce que tu avais déjà trouvé le tueur avant qu’eux ne commencent à relever des empreintes ou à soupçonner ne serait-ce qu’un seul criminel.

Tu étais devenue célèbre, pour eux… mais tu accueillais toujours cette notoriété avec ton même sourire léger.

En une seconde, ou peut-être était-ce le temps d’une vie, tu t’étais abandonnée au monde. Tu l’avais laissé te posséder, et il t’avait offert le plus beau des sentiments.

Tu étais heureuse.
Tu n’étais peut-être pas comblée et tu sentais toujours tes cicatrices creuser ta peau, mais tu étais heureuse.

Sans douter que demain, tu le serais encore un peu plus.
Shaly'
Bloup ♥ Mon pseudo usuel sur le web est Shalynia, mais vous pouvez m'appeler Exile. Je suis une jeune et insupportable garce de dix-neuf ans, et je compte vous faire chier pendant un long moment. ♥ Pas d'autres compte pour le moment mais ça tourne déjà dans ma tête herm. Je suis apprivoisable avec des glaces et des pancakes. Sinon : vous êtes bow, vos prédefs sont bow, le design est bow, et je vous aime tous déjà d'amour.

Ps : J'aime les points virgules, l'humour nul, les étoiles, Exile, embêter Adriel, embêter tout le monde, faire des chatouilles sur la plante des pieds et manger des cotons-tiges.


Revenir en haut Aller en bas
avatar
Exile
Save the lamas
Messages : 61
Date d'inscription : 02/06/2017
Age : 19
Voir le profil de l'utilisateur
Ven 16 Juin - 3:35
O.M.G. J'ai enfin terminé.

Je m'excuse pour la longueur de l'histoire (pas du tout) et j'espère que vous prendrez tout de même du plaisir à lire cette fiche. J'ai essayé de faire du mieux possible. ♥

Je vous bisouille fort. ♥
Ps : l'encadré pour le pouvoir est à la fin du II !


Revenir en haut Aller en bas
avatar
Alastair
Peintre
Messages : 239
Date d'inscription : 31/05/2017
Voir le profil de l'utilisateur
Lun 19 Juin - 0:09
APRES DES HEURES DE RECHERCHE, je peux enfin te valider. J'avoue que j'ai eu du mal à trouver un pouvoir pour Exile, parce que c'est un personnage que je trouvais déjà très fort, très complet par lui même. J'étais pas certaine qu'un pouvoir, ça lui serait vraiment utile. Mais parce qu'elle a connu la guerre, les pertes, qu'elle se laisse difficilement submerger par ses émotions les plus forte, je me suis dis que ce don serait adéquat. Puissant, bien pour quelqu'un qui sait se gérer, mais terriblement dangereux. Si elle se laisser aller a la colère, qui sait ce qu'elle pourrait bien faire ? C'est à ses risques et périls.

J'AVOUE QUE
pour le nom
la fleur
tout ça
j'me suis dit que ça serait drôle /crève/

Bon, c'était une fiche longue, remplie de détails, mais au final hyper complète et vraiment triste ;; J'ai hâte de voir ce que fera Exile maintenant

edit. que je trouvais fort, pas mort MDRR



thanks ♥:
 
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Q U O R L :: Personnage :: Présentations :: Validées-
Sauter vers: